Veillée "Histoire du tabac en Lot et Garonne"

Arts & Traditions Populaires de Marmande

Jeudi 19 mars 2020 à 20h30 l'Ostau Veillée avec Jean-Michel Delmas

Jean-Michel Delmas est un raconteur de pays. De son vécu d'agriculteur (Ancien Président de la chambre d'agriculture), il s'intéresse plus particulièrement aux cultures qui ont fait la réputation du Lot et Garonne : la prune et le tabac. Écrivain, conférencier, chroniqueur à Sud-Ouest et à radio bulle, il aime conter l'histoire de ceux qui ont œuvré à la mise en place de ces cultures. Le chevalier de Vivens, le Clairacais, est l'un de cela.

Au cours de cette veillée vous découvrirez l'histoire du tabac en Lot et Garonne, comment il est arrivé chez nous, comment il s'est développé dans les vallées du Lot et de la Garonne autour de la manufacture royale de Tonneins grâce au Chevalier de Vivens qui a été un des grands défenseurs de la culture du tabac et des producteurs de notre département dans la période du 17 ième et 18ième siècle.

Des documents photographiques et des objets illustreront les propos.

Entrée libre "au chapeau".

François de Labat, chevalier de Vivens (11 juillet 1697-20 avril 1780), est un économiste français Wikipédia

Biographie

Il était un gentilhomme agenais ami de Montesquieu, qui possédait à Clairac la propriété de Barry, voisine de celle de Vivens qui appartenait à Jeanne de Lartigue, épouse de Montesquieu, et qui, comme lui, cultivait la vigne.

Il menait là une vie de philosophe, de physicien, de technicien, publiant entre autres sur le mouvement et la gravitation. Toujours conservé aux Archives départementales d’Agen, son Journal météorologique, tenu de 1739 à 1778 est un document unique où il nota les variations thermométriques, les phénomènes météorologiques, les tremblements de terre, l’état des récoltes, les maladies du bétail, etc. Un « homme d’esprit, de culture et de cœur » comme l’écrit Jean Haechler dans l’ouvrage qu’il lui consacra : "Le chevalier de Vivens. Un philosophe des lumières en Aquitaine", Bordeaux, éditions Aubéron, 2000.

Elu à l'Académie de Bordeaux en 1742. Ami de la famille Jaucourt, il est notamment soutenu par la marquise Suzanne de Jaucourt, belle-sœur du chevalier de Jaucourt. À Clairac, il était également lié avec Filipo Venuti, nommé abbé de Clairac par le chapitre de Saint-Jean-de-Latran.

Il accueillera à Barry Jacques de Romas, qui y fit ses premiers essais sur le paratonnerre, grâce à un cerf-volant électrique, en 1752-1753, venu de Nérac avec ses amis, les frères Dutilh. À la même époque, Benjamin Franklin procédait aux mêmes essais à Philadelphie.

Publications

  • Observations sur divers moyens de soutenir et d'encourager l'Agriculture, principalement dans la Guyenne : où l'on traite des cultures propres à cette province et des obstacles qui l'empêchent de s'étendre. 1756. 2 tomes en 1 volume. Dans cet ouvrage il expose ses réflexions en matière économique, prenant sa région pour exemple et examinant en détail le commerce des produits agricoles, en particulier le vin, le blé et le tabac, avec de nombreuses références aux colonies et à l'Amérique. Il discute les vues théoriques de nombreux auteurs contemporains comme Véron de Forbonnais, Ustariz, Boureau-Deslandes, Joshua Gee, Child, avec deux chapitres particuliers consacrés à la critique du livre de Melon ("Essai Politique sur le Commerce") . Favorable à la liberté du commerce, il se montre proche des thèses physiocratiques qui commençaient tout juste à se faire connaître et il rend un hommage appuyé au "Mémoire sur les États Provinciaux" du marquis de Mirabeau, "un des meilleurs ouvrages qui ait paru depuis quelques années". "Importance de l'agriculture" (chapitre premier), "Combien il seroit nécessaire d'encourager l'agriculture", "Des colonies", "Du commerce des denrées", "Des avances et du crédit", "Des vignes", "Mélanges des vins", "Des vins muets", "Commerce des vins. Des vins marchands et communs", "Des petits vins et des eaux de vie", etc. "Critique des monopoles commerciaux, des dommages causés à la main d'œuvre par le recrutement militaire, etc." Une suite en deux volumes vit le jour en 1761 et 1763 mais elle semble n'avoir été réunie qu'à un petit nombre d'exemplaires.

TABAC ET PLANTEURS DE TABAC DANS LE MARMANDAIS par Mlle Jacqueline FLOURET

Le Lot-et-Garonne comptait, en 1955, 10 519 planteurs de tabac; la culture s'étendait sur 4 715 hectares; la production moyenne qui a été d'environ 9 000 t durant ces dernières années, s'est élevée à 16 000 t en 1956, avec un rendement moyen à l'hectare de 2 037 kg. Le département s'est placé au premier rang des départements français pour les superficies cultivées en tabac et a fourni 1/6 de la récolte nationale.

Or l'arrondissement de Marmande groupe, à lui seul, 5 785 planteurs (54 % de l'effectif départemental) qui cultivent 2 884 ha de tabac (62 % de la superficie plantée dans le département) et produisent 63 % de la récolte lot-et-garonnaise (1). La Direction de la culture pour tout le Lot-et-Garonne est étabUe à Marmande. Ces précisions suffisent à mettre en lumière l'importance exceptionnelle du tabac dans la vie du Marmandais.

Le cadre administratif de l'arrondissement mérite d'être conservé car la culture du tabac est une culture contrôlée pour laquelle des autorisations sont nécessaires : 100 communes de l'arrondissement sur 102 en bénéficient, alors que dans les arrondissements d'Agen, de Nérac et de Villeneuve-sur-Lot, les permis n'ont été délivrés qu'à certaines communes et avec des restrictions. Les calculs, la répartition des contingents respectent la division administrative : le Marmandais constitue bien une unité en ce qui regarde la culture du tabac.

Le Marmandais, pourtant, présente des aspects différents (fig. 1) qui constituent autant de « pays agricoles » (2) : la large plaine inondable de la Garonne et les terrasses de la vallée; les coteaux de mo'asse qui s'étendent jusqu'à la vallée du Dropt au Nord; le pays calcaire de Duras, surtout viticole, au-delà du Dropt; les coteaux en bordure des landes au Sud de la vallée

(1) Chiffres communiqués par la Direction du Service de la culture à Marmande. Nous remercions M. Murât, Directeur, qui s'est ingénié à faciliter notre enquête.

(2) Jean Barret, Monographie agricole du département de Lot-et-Garonne. Agen, Chambre d'agriculture de Lot-et-Garonne, 1955, carte n° 12.

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de la Garonne; la basse vallée du Lot et ses coteaux calcaires et molassiques à l'Est et au Sud-Est, où l'économie est dominée par l'arboriculture. Au cœur même de ce territoire, l'exploitation paraît fondée sur la polyculture : le maïs, le blé, ]es haricots, les tomates, des vignes complantées de prvmicrs d'entc ou de pêchers se succèdent sur des champs petits et irréguliers, souvent partagés en bandes • — les joualles • — . Malgré une impression générale d'opulence, il apparaît à l'observateur que l'entretien des terroirs laisse souvent à désirer.

Mais d'une part la présence des pièces de tabac, nombreuses et très bien tenues, au bout desquelles l'on repère, accrochée à un piquet, l'étiquette portant un numéro et le nom du propriétaire, d'autre part la silhouette noire de multiples séchoirs révèlent un é'ément capital de l'économie agraire. Non que la superficie plantée représente une grande part de l'exploitation. Une ferme de la vallée de la Garonne comptant 7,5 ha de terres labourables et de prairies ne consacre pas même un hectare au tabac, tout orientée qu'elle soit vers sa production; les cultures légumières occupent deux ovi trois fois plus de place. Mais la culture, du tabac présente cette originalité d'être stabilisée, contrôlée, assurée et garantie. L'Etat achète toute la récolte, de fortes indemnités dédommagent le planteur victime de sinistres. Sûr d'écouler l'intégralité de sa product' on et d'être à l'abri des fluctuations des cours, le paysan alimente sa trésorerie grâce à la vente de son tabac. Si, en 1954, deux hectares de blé lui ont rapporté 136.000 francs, soixante ares de tabac, à condition d'être bien entretenus, lui en ont donné près de 500.000. Ce sont ces avantages qui ont sauvé la petite exploitation (3), notamment dans les vallées, et qui lui confèrent encore son équilibre : la culture du tabac en France, en participer dans ce pays privilégié du Marmandais, est l'affaire de petits cultivateurs, travaillant surtout en famille et utilisant les méthodes d'un véritable jardinage; elle n'est en rien comparable à la grande culture spéculatrice du planteur américain (4).

1. Les origines historiques

Pour comprendre nue le tabac se soit imposé comme une culture fondamentale dans un pays de polyculture, il faut rappeler, d'abord, la tradition historique. Le Marmandais, traversé

(3) R. Capot-Rey, La dépopulation dans le Lot-et-Garonne Ann. de Géogr., 1919, pp. 64-70.

(4) Daniel Faucher, Géographie agraire. Types de culture. Paris, Médicis, 1949, pp. 331-335.

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par le couloir de la Garonne, était naturellement ouvert aux échanges; après les crises des derniers siècles du Moyen Age et les troubles religieux, la sécurité retrouvée, les demandes des villes, les progrès de l'industrie, l'usage accru du numéraire lui permirent de se dégager de la polyculture vivrière et de commercialiser une partie de sa production (5). L'initiative fut prise par des bourgeois qui plaçaient en terres leurs capitaux et y cherchaient les moyens de les faire fructifier; ce sont eux, appartenant souvent à la communauté protestante bien représentée dans les pays de la Garonne, qui ont exigé de leurs métayers la pratique de cultures nouvelles; c'est par eux, propriétaires aisés résidant à la ville, que les paysans — tout en conservant la vieille habitude de s'adonner aux cultures vivrières et d'entretenir le troupeau pour assurer leur subsistance — ont adopté une activité et un esprit neufs (6). Il était possible d'écouler du blé vers le Bordelais viticole, d'exporter des eaux-de-vie, de vendre des prunes et des figues sèches : ces commerces n'ont jamais été bien importants. Ce sont les plantes industrielles qui ont constitué les cultures de rapport (7) : celle du chanvre, parce que la batellerie fluviale réclamait des cordes et des toiles à voile et que les possesseurs de biens fonciers avaient souvent des intérêts dans les manufactures qui transformaient la matière première; celle du tabac, parce que, introduite en France au milieu du XVIe siècle, et 'destinée primitivement à des fins médicinales, cette plante bénéficia, un siècle plus tard, de la mode de chiquer et de priser qui suscita une augmentation rapide de sa consommation. Tabac et chanvre ont tour à tour dominé l'économie commerciale du Marmandais : l'un au XVIIe siècle et au XIXe, l'autre au XVIIP.

Un Français revenu d'Amérique, le chevalier de Vivens, introduisit le tabac à Clairac en 1637; les graines furent d'abord semées dans les jardins, puis dans les champs; les plantations s'étendirent dans les juridictions voisines. Vers 1650, PAgenais était, avec l'Angoumois, la première région productrice du Royaume (8). Le tabac avait pris dans la rotation des cultures

(5) Pierre Dbffontaines, Les hommes el leurs travaux dans les pays de la Moyenne Garonne. Lille, 1932, livre II, 2" partie, chap. Ill et IV, pp. 225-253.

(6) Marc Blooh, Les caractères originaux de l'histoire rurale française. Paris, 1955, pp. 115-142.

(7) J.-R. Mahboutin, Histoire de VAgenais. Agen, 1943, t. III, pp. 364-369.

(8) Marquis de Lagrange-Ferrègues, Notes sur Tonneins et sa région. Registre X, pp. 290-330 (œuvre manuscrite, rédigée vers 1930. déposée aux Archives départementales du Lot-et-Garonne).

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la place d'une céréale de printemps, à moins qu'il n'ait rem- p]acé les jachères. Il était travaillé par les fabricants locaux ou bien embarqué à Tonneins et acheminé vers le Languedoc et l'Italie par des marchands.

Ce fut pendant le règne de Louis XIV que la culture reçut son organisation administrative originale (9). En 1674, le roi, soucieux de procurer à l'Etat une source nouvelle de revenus, institua le monopole; l'exploitation de ce'ui-ci fut adjugée à des fermiers. Une lutte s'engagea aussitôt entre ces derniers et les planteurs ou cultivants : pour éviter les fraudes, Colbert exigea que tout paysan déclare devant une personne publique, chaque année, la superficie qu'il comptait exploiter en tabac (1681). Les p'anteurs se groupèrent pour défendre leurs intérêts : une première association fut constituée en 1712 dans la vallée de la Garonne. Mais d'autre part les compagnies commerciales privilégiées qui importaient le tabac des « Iles » d'Amérique se plaignaient de la concurrence des producteurs français : les ordonnances de 1674 et 1677 énumérèrent les juridictions à l'intérieur desquejes la culture était autorisée : il s'en trouva dix-huit en Agenais, de part et d'autre de la Garonne, depuis le cours inférieur du Lot (Laparade, Clairac, Lafitte) jusqu'en amont de Marmande. Contrôles et rivalités n'entravèrent pas la prospérité : l'intendant de Guyenne, Lamoignon de Courson, écrivait en 1715 que le commerce du tabac était le plus important et le plus fructueux du Marmandais (10). C'est que la plante, si elle n'occupait que 8 à 10 % de la surface des terres labourables dans les juridictions de Verteuil et de Caumont, en couvrait plus de 25 % à Tonncins-Dessous et Tonneins-Dessus, à Clairac, à Gon- taud, au Mas d'Agena:s, à La Gruère, à Calonges, à Lafitte, et même 50 % à Fauillet (11). Il est vrai que, planté trois fois pHis espacé qu'aujourd'hui, le tabac réclamait plus de place. Le revenu atteignait 70 à 80 livres par journal (46,08 ares) et un cultivateur détenait souvent trois journaux de tabac. Au centre de la région productrice, Tonneins reçut, au début du XVIIP siècle, une manufacture royale : la viTlc était réputée capitale du tabac.

Contrôlée par l'Etat, la culture du tabac était exposée aux

(9) O. Granat, Pour ou contre le monopole des tabacs. La Ferme royale en Agenais. Etude historique sur la première période de la culture du tabac de 1600 à 1720. Agen. 1926.

(10) Mémoire de l'Intendant de Guyenne, Lamoignon de Courson, cité par Raymond Bazin, Les tabacs dans la région du Sud-Ouest. Projet d'une réglementation nouvelle de la culture. Agen, 1901.

(11) Dalidou, Notice sur la culture du tabac en Guyenne avant 1789, d'après un ouvrage sans nom d'auteur, imprimé à Paris en 1792. Mémorial des manufactures de l'Etat, t. I, Paris, 1884.

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vicissitudes de la politique économique de la Monarchie. C'est ainsi que, le contrôleur général Law entendant réserver à la Compagnie des Indes qui gérait les ressources de toutes les co- ionies la fourniture exclusive du tabac, un arrêt du Conseil interdit, en janvier 1720, la culture sur tout le territoire du Royaume. Les cultivants, gratifiés d'une indemnité qui ne leur fut versée qu'avec lenteur, n'eurent d'autre recours que de se tourner vers une autre culture susceptible de leur apporter du numéraire : ils connaissaient déjà le chanvre, mais ils ne le récoltaient que pour leurs usages domestiques. Ils lui livrèrent leurs anciens champs de tabac; des fabriques de cordes et de toiles à voile absorbaient la production (12). Une crise se dessina cependant à la fin du XVIIIe siècle et il était alors nécessaire de rechercher une autre spéculation lorsque le tabac fut, de nouveau, autorisé.

Le 14 février 1791, l'Assemblée Constituante rendit la liberté r la culture, à la fabrication et à la vente du tabac dans toute la France. Dès le 29 décembre 1810 cependant, Napoléon créa le Monopole des tabacs; les lois de 1816, de 1835 et le décret du 12 mars 1860 en comp'étèrent l'organisation qui a peu varié jusqu'à nos jours : la culture est autorisée dans des communes déterminées; les propriétaires de ces communes qui veulent s'y adonner en font la demande; l'administration, en leur délivrant le permis, fixe la superficie à planter; la récolte est achetée intégralement par l'Etat. En 1926, la Caisse autonome de gestion des Dons de la Défense nationale, d'Exploitation industrielle des Tabacs et des Allumettes et d'Amortissement de la Dette publique reçut le monopole de l'achat, de la fabrication et de la vente des tabacs. En 1935, celle-ci fut également chargée du monopole des allumettes ; il devint le Service d'Exploitation industrielle des Tabacs et des Allumettes ou S. E. I. T. A.

La reprise de l'activité tabacole au début du XIXe siècle s'effectua lentement dans le département du Lot-et-Garonne : elle n'intéressait que 60 ha en 1806 et moins de 1 000 vers 1855, alors que le chanvre occupait encore 1 154 ha. La concurrence victorieuse faite par le chemin de fer à la navigation fluviale dans les dernières décennies du XIXe siècle précipita le changement : ]e chanvre ne fut plus demandé; il n'était conservé que sur 101 ha en 1900; il disparut vers 1928. Mais, à cette date, 6 279 planteurs, répartis entre 80 communes, ensemençaient 4 026 ha en tabac (13).

(12) P. Dkffuntatnes, op. cit. pp. 232-234.

(13) Archives de la Direction du Service de In culture h Marmnnde.

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L'administration n'a accordé qu'avec une certaine parcimonie les autorisations sollicitées : au début du XXe siècle, les 6/7 des tabacs travaillés dans les manufactures provenaient de l'importation; et la production française n'était pas exportée. Les planteurs, notamment ceux du Marmandais, s'élevèrent contre cette politique en invoquant la vieille tradition tabacole de la région et en montrant que la culture était pour eux un droit acquis bien plus qu'un privilège. Ils obtinrent satisfaction.

Une double évolution a abouti à la situation actuelle. La culture, d'abord, s'est étendue à travers le département : elle était concentrée, au début du siècle, dans les communes de la grande vallée; elle a gagné, depuis, les collines de molasse du Marmandais si bien que, dès 1932, l'arrondissement comptait les 4/5 des planteurs et des superficies plantées; puis elle a été autorisée dans d'autres secteurs du Lot-et-Garonne touchés par la mévente des céréales et des fruits, de façon à ne laisser au Marmandais qu'un peu plus de la moitié des planteurs et des champs. D'autre part, le rendement a été sensiblement augmenté par la substitution de la variété Paraguay à la variété Auriac (14). Celle-ci, propre à donner du tabac à priser, fut concurrencée dès la fin du XIXe siècle par une variété légère du type Nicotania Brasi- lensis, dite Paraguay, essayée en Alsace; la demande croissante des produits à fumer assura vers 1929 le triomphe complet de cette dernière variété dans le Marmandais. Or, tandis qu'on cultive 10 000 pieds d'Auriac à l'ha, on a pu aller jusqu'à 35 700 p!eds de Paraguay, à la requête des services administratifs qui recherchaient la finesse des feuilles. En un quart de siècle — si l'on met à part la période 1940-1944 caractérisée par une régression de la production tabacole — - le rendement à l'hectare a été doublé.

(14) G, Capus, F. Leulliot, E. Foex, Le tabac. Paris, 1929, t. I, pp. 118-120.

2. Le tabac marmandais dans son milieu

Cependant, la spécialisation ancienne du Marmandais dans la culture du tabac n'aurait pas été possible si l'homme n'avait pas pu profiter d'un milieu naturel propice.

Plante d'origine tropicale, le tabac, grâce au nombre de ses variétés, est susceptible de s'adapter à d'autres climats, à condition de bénéficier d'un temps doux et pluvieux au début de sa végétation, de chaleur et de l'absence presque complète de pluie à la fin. Précisément, le climat du Marmandais est remarquable par la douceur des mois de mars et d'avril (températures moyennés mensuelles 8° C et 11° G; amplitudes moyennes mensuelles 10,9° C et 12,7° C) alors que la plante est semée dans un endroit abrité; par les précipitations d'avril, mai et juin (moyennes 58, 54 et 52 mm) quand le tabac Paraguay est transplanté; par la chaleur, la luminosité et même la sécheresse de l'été qui n'est pas sans rappeler le climat méditerranéen (température moyennes mensuelles 20,6° C en juillet, 20,8° C en août, 18,2° C en septembre; précipitations 38 mm en juillet, 40,6 en août, 34,5 en septembre; nombre des jours de pluie 8, 10 et 7) (15). Les aléas météorologiques ne manquent pas cependant : le planteur doit craindre une sécheresse excessive de la fin du printemps et du début de l'été : elle augmente le pourcentage en nicotine et il faut recourir à l'irrigation; des pluies de saison chaude gonflent les feuilles et entravent la maturation; la grêle, surtout, risque de détruire des plantations entières et le cultivateur ne peut se défendre contre elle que par l'assurance.

La nature du soi influe sur la qualité des feuilles et le rendement en poids. Un tabac léger comme le Paraguay réclame, selon le Service de la Culture, une terre « meuble, profonde, fraîche, sans être humide, sablonneuse, immobile; assez riche en humus, riche en potasse », comptant même parfois une légère proportion d'argile. En Marmandais, ces conditions sont réunies par les boulbènes franches et par les terres de rivière (16). Les boulbèries franches, peu compactes, modérément lessivées, sont les sols des terrasses de la Garonne au Nord de Marmande et de Tonneins, sur la rive droite; ceux des terrasses de la basse vallée du Lot, doux, légers, siliceux (65 à 85 % de sable), aérés, perméables, faciles à travailler; les sols des glacis et des terrasses du Dropt, entre Lavergne et la région au Sud de Dur<as; ceux des glacis alluviaux de la rive gauche de la Garonne au Sud de Meilhan et du Mas d'Agenais. Les terres de rivière, riches en humus, assez légères, couvrent la basse plaine inondable des vallées de la Garonne, du Lot et du Dropt. En revanche, les boulbènes des plateaux et les terreforts des versants — les deux types les plus courants de sols de l'Agenais — ne conviennent pas au tabac.

En outre, le tabac exige, pendant un délai très court, des principes fertilisants importants : il occupe le sol quatre-vingt-dix jours; mais il ne met guère plus de soixante jours à se développer; il se montre gros et rapide consommateur d'engrais. Il faut donc améliorer les terres pour obtenir des feuilles au tissu résistant. La meilleure méthode consiste à utiliser le fumier de ferme et à l'enfouir, soit à la lin de l'automne s'il est incomplèlement décomposé, soit au début du printemps s'il est fin et bien décomposé. Faute de fumier d'étable, le planteur utilise des engrais verts : trèfle incarnat, vesces, lupin blanc. Ces légumineuses enrichissent et amendent les sols; elles sont obtenues en culture dérobée et enfouies six semaines à deux mois avant la transplantation. Enfin, des engrais chimiques complètent la fumure, dans la limite de 500 kg/ha (17) : du sulfate de potasse (18) ou de la cendre de bois, pour l'essentiel, et une dose prudente d'engrais azotés pour hâtei la végétation.

(15) D'après Bulletins régionaux trimestriels de statistiques, publiés par l'I. N. S. E. E., Direction régionale de Bordeaux, pages de climatologie, passim.

(16) H Enj albert, Le modelé et les sols des pays aquitains. Thèse Lettres, Paris, 1956, exemplaire dactylographié, IIIe partie, IV, pp. 519-580.

Fig. 1. Les pays du Marmandais Fig. 1. Les pays du Marmandais

1. Les coteaux de terrefort de Seyches et de Lauzun. — 2. Les coteaux calcaires et molassiques de l'Est. — 3. Les coteaux sableux de bordure des Landes. — 4. Le pays de Duras. — 5. Les vallées de la Garonne et du Lot. — 6. Limites de département. — 7. Limites du Marmandais tabacole. — 8. Rivière. — 9. Route. — 10. Voie ferrée.

Quoiqu'il n'occupe en moyenne dans les exploitations qu'une superficie inférieure de moitié à celle du blé, le tabac est un pivot de culture autour duquel tout s'ordonne. Si, dans le Nord de la France, le tabac est parfois cultivé plusieurs années sur le même terrain bien fumé et enrichi, puis remplacé par une autre culture, il est, en Marmandais, entré dans une rotation à courte durée, biennale ou triennale. Il y a pris la place d'une céréale de printemps. Occupant le sol de mai à septembre, il est suivi par le blé d'octobre à juillet; il y a ensuite possibilité d'une récolte de raves ou de navets entre la récolte de blé et une nouvelle plantation de tabac, en mai-juin l'année suivante. Le plus souvent, triomphe la rotation suivante : tabac (mai-septembre), blé (novembre-juillet), engrais vert (octobre-mai).

Le tabac s'est ainsi introduit dans un vieux système de culture; il a dû s'adapter aussi à des champs petits, ouverts et irréguliers (19). Les règlements imposent au moins 1800 pieds par pièce, donc un champ de cinq ares. La superficie moyenne d'une pièce est d'une vingtaine d'ares (7 000 pieds de tabac) ; comme un même cultivateur travaille en moyenne 60 ares, les pièces de tabac sont dispersées à travers le territoire de l'exploitation. La répartition des plantations dans la grande commune tabacole de Tonneins peut aider à comprendre les caractères de la culture en Marmandais (20) (tableau 1).

Le tabac, quoiqu'il ait apporté dans l'économie rurale un élément commercial fondamental, n'a donc pas modifié l'ancienne structure agraire; il a consolidé, au contraire, le régime des petites exploitations.

L'examen des cartes sur lesquelles sont reportés par communes le nombre des planteurs et les superficies cultivées en tabac (21) fait ressortir les traits dominants de la répartition contemporaine : les communes qui ont moins de 75 planteurs et qui comptent moins de 42 ha de culture sont situées dans les cantons de Duras, Lauzun, Seyches, Bouglon, Castelmoron et Meilhan; cel'es qui présentent les chiffres les plus élevés appartiennent aux cantons de Tonneins, de Marmande et du Mas ' d'Agenais (tableau 2) :

(17) Cahiers des ingénieurs agronomes. Numéro spécial consacré à la culture du tabac, Paris, 1951, pp. 42-44.

(18) A. Chevalier et H.-F. Emmanuel, Le tabac. Paris, 1948, pp. 33-35.

(19) H. Enjalbert, Les limites orientales de la polyculture aquitaine. Rev. géogr. Pyrénées, t. XVI-XVII, 1945-1946, pp. 265-281.

(20) D'après des documents consultés à la mairie de Tonneins. L'importance tabacole de Tonneins est mise en lumière par R. Melon, Intérêt géographique de la visite d'une usine i la manufacture des tabacs de Tonneins. Inform, géogr., 1954, pp. 153-156.

(21) Cartes 2 et 3 établies d'après des données numériques fournies par la Direction du Service de la culture à Marmande.

TABLEAU 1. — Structure de l'exploitation.

Tableau 1. Structure de l'exploitation Tableau 1. Structure de l'exploitation

TABLEAU 2. — Principales communes productrices de tabac dans le Marmandals,

Tableau 2. Principales communes productrices de tabac dans le Marmandais Tableau 2. Principales communes productrices de tabac dans le Marmandais

Le tabac domine donc l'agriculture des grandes vallées mar- mandaises de la Garonne et du Lot. Il y représente la continuité d'une vieille tradition; il y intéresse l'énorme majorité des exploitants (99 % dans les cantons de Tonneins et du Mas d'Agenais, 73 % dans le canton de Meilhan, 70 % dans celui de Marmande) et y atteint en quantité et en rendement les meilleurs résultats. Certes, il est présent dans le reste du pays, sur les coteaux d'entre Garonne, Lot et Dropt, dans le secteur des landes lot-et-garon- naises; dans la vallée du Dropt même il est cultivé par un grand nombre de paysans (107 dans la commune de Duras) ; mais dans ces derniers pays, les superficies cultivées sont réduites (e'ies couvrent 37 ha seulement à Duras). C'est qu'en dehors de la vallée garonnaise, spécialement de Fauguerolles à Tonneins et du Mas d'Agenais à Gontaud, en dehors de Ja basse vallée du Lot, où il occupe des positions qui n'ont guère varié depuis un demi-siècle, le tabac ne bénéficie nulle part du même ensemble propice de facteurs historiques et géographiques.

3. Le planteur au travail

Le paysan qui a demandé et obtenu un permis de culture devient planteur de tabac. II s'est engagé à cultiver pour l'Etat, qui la lui achètera, une certaine quantité de tabac dans des conditions déterminées. Cette activité occupe désormais une place prépondérante dans son travail. A quelles opérations l'oblige-t-elle?

Jusqu'à l'automne, le planteur est un agriculteur (22). Le tabac réclame d'abord une culture préliminaire, le semis, destinée à produire le plant de repiquage. Les semis sont confectionnés chaque année près de la ferme, à la fin de mars et en avril; les graines sont couvertes d'un peu de terreau et de sable; il faut arroser et entretenir pour détruire les mauvaises herbes. Quand chaque pied a sept ou huit feuilles et que les feuilles les plus déve^ppées atteignent 12 à 15 cm, le plant est prêt pour le repiquage. Mais les terres destinées à l'accueillir ont dû, elles aussi, recevoir une préparation : plusieurs labours — l'un à la fin de l'automne, les deux ou trois autres au printemps — , le hersage, l'épandage d'engrais sont nécessaires. La plantation, en juin, est un travail pénible qui s'effectue à la main : hommes et femmes, courbés de longues heures, aux moments où la chaleur n'est pas trop forte, enfoncent chaque pied dans le trou qui lui est préparé, en veillant à placer les racines bien allongées. L'usage de la machine à planter commence à se répandre; elle

(22) R. Moheau, La culture du tabac. Paris, 1951, 1™ partie, chap. Ill, pp. 35-103.

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permet d'opérer cinq fois plus vite et avec moins de fatigue. Quelques jours après la transplantation, il faut remplacer les pieds manquants ou morts. Ensuite, le sol et la plante demandent des soins incessants : sarclages et buttages pour donner de

Fig. 2. Répartition par communes des planteurs de tabac dans le Marmandais Fig. 2. Répartition par communes des planteurs de tabac dans le Marmandais

Fig. 2

Répartition par communes des planteurs de tabac dans le Marmandais.

1. 50 planteurs. — 2. 20 planteurs. — 3. 5 planteurs. — 4. Principales localités.

la vigueur aux pieds et maintenir autour d'eux de la terre fraîche; épamprement qui consiste à enlever et à détruire les feuilles les plus basses, sans valeur; écimage qui supprime le bouton floral du sommet de la tige; ébourgeonnement pour couper les bour-

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geons apparus après l'écimage. Depuis une dizaine d'années, les planteurs du Marmandais ont pris l'habitude d'arroser leurs pièces par aspersion, partout où la chose est possible : le tabac obtenu est plus lourd. La basse plaine et les terrasses sont avantagées.

En septembre, après 80 ou 90 jours de végétation en pleine terre, lorsque les feuilles de tabac se relèvent « en bateau », qu'elles se marbrent de jaune pâle ou de brun, le planteur sait ({lie le tabac est mûr. C'est le temps de la récolte. Couper, manipuler, charger et décharger le tabac, lier et pendre les paquets dans les séchoirs représentent, à la fin de l'été et au début de l'automne, l'un des grands événements de la vie paysanne. Toute la famille y participe. En Marmandais, comme dans la plus grande partie du Sud-Ouest, la récolte se fait « en tiges », par plantes entières. Le matin, chaque p'ante est coupée à la main, près du sol ; elle est chargée, quelques heures plus tard, sur une charrette que tirent souvent encore des bœufs garonnais ou des vaches. Le soir on veille au séchoir, avec quelques voisins, pour pendre le tabac. Compte tenu des jours de mauvais temps, une récolte de vingt-cinq à trente-cinq mille pieds occupe le p'anteur et ceux qui l'entourent huit à neuf heures par jour durant deux ou trois semaines.

La moitié seulement du travail a été effectuée. Une fois que la récolte est rentrée dans les séchoirs, une seconde phase s'ouvre, pendant laquelle le tabac va sécher puis être préparé pour la vente : le planteur se fait ouvrier.

La dessication des tabacs exige leur mise à la pente (23). Dès lors, le séchoir se transforme en atelier familial; mais il coûte cher, maïgré les procédés économiques de sa construction : des greniers, des grandes, le bolet sont aménagés également pour recevoir la plante. Chaque soir de récolte, le tabac coupé a été mis à la pente, c'est-à-dire suspendu sur des perches mobiles ou lattes, sur des ficelles tombantes ou à l'aide de griffes — ce dernier système étant le plus moderne. Pendant les trente ou quarante jours de séchage, l'exploitant veille à la régularité de l'aération dans toutes les parties du séchoir.

Quand les feuilles ont pris une coloration brune tout en demeurant souples, le moment de la dêpente est arrivé. On pratique, en même temps, Peffeuillaison des plantes puisque les tabacs ont séché en tiges. Au cours de cette opération, les feuilles sont provisoirement triées d'après leur position sur la tige et l'on forme des bancs avec chaque lot. Le triage définitif aboutit

(23) G. Capus, F. Leulliot, E. Foex, op. cit., t. II, La dessication des tabacs.

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à classer les feuilles en un petit nombre de catégories selon la qualité du tissu, la couleur et la longueur. Pour les préserver des déchirures, elles sont groupées par vingt-quatre de même nature en des sortes de bouquets tenus par un lien : les manoques. Celles-ci sont mises en bancs, sur deux rangées superposées, afin de maintenir les feuilles souples et de les préserver de toute altération. Ces travaux minutieux occupent, en novembre et en décembre, une grande partie des journées du planteur, de sa famille et d'amis, venus passer quelques heures au séchoir. Il est vrai qu'en cette saison la besogne rurale est réduite. La livraison de la récolte au magasin d'achat s'effectue en hiver : les tabacs manoques sont mis en balles à l'aide d'une presse à main; chaque ba'le comprenant deux cents manoques de la même catégorie est pesée. Les travaux exigés par le tabac sont alors terminés : le paysan peut quitter les vêtements très usagés qu'il a conservés pour ces besognes salissantes et qui sont imprégnés d'une odeur caractéristique; il jouit d'une période de tranquillité, mais de courte durée. Bientôt il va penser à la nouvelle « campagne », préparer les champs.

4. Le contrôle et la protection de l'état

Les travaux des planteurs ne sont pas accomplis en toute liberté : ils sont prescrits par l'administration qui indique la date à laquelle ils doivent être exécutés. L'Etat, qui détient le monopole du tabac et en attend d'importants revenus, conclut avec le planteur un véritable contrat lorsqu'il délivre le permis : il lui donne un privilège et il s'engage à acheter sa récolte; la culture est l'exécution de ce contrat, la livraison au magasin le dénouement. Directeur, entreposeurs, contrôleurs, forment les cadres quaMfiés d'une direction de la culture. Le contrôle des opérations culturales est effectué par des vérificateurs. Des techniciens poursuivent des recherches à l'Institut expérimental des tabacs de Bergerac afin de définir les meilleurs procédés de culture, de lutter contre les maladies de la plante.

La tutelle administrative, le travail du séchoir ont éveillé chez le planteur une mentalité qui diffère de celle d'un paysan ordinaire. Le planteur cultive pour l'Etat; son gain est assuré, puisque l'Etat achète sûrement sa production. Un journal professionnel peut écrire : « La loi que vient de voter le Parlement assure formellement au planteur de tabac un salaire minimum garanti » (24). Vocabu^ire significatif : le planteur est bien un

(24) La V&ix des planteurs de tabac, n° 120, mai 1956, p. 1.

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agriculteur qui travaille dans sa ferme, en famille, mais c'est aussi un artisan, ou plutôt un ouvrier, qui travaille selon des conditions imposées par celui qui lui garantit son salaire : l'Etat. Le planteur a pris conscience de cette double personnalité. Face à l'administration, il s'est senti amené à défendre ses in-

Fig. 3

Répartition par communes des superficies cultivées en tabac dans le Marmandais.

1. 500 000 pieds de tabac. — 2. 100 000 pieds de tabac. — 3. 10 000 pieds de tabac. — 4. Principales localités.

térêts; une organisation professionnelle a été créée, la Fédération nationale des planteurs de tabac, qui s'est imposée au S.E.l.T.A. comme l'interlocuteur autorisé avec lequel une étroite collaboration peut être développée. Les décisions importantes sont prises par l'administration du monopole en présence des

https://www.persee.fr/renderIllustration/rgpso_0035-3221_1959_num_30_4_T1_0347_0000_1.png" data-title="Fig. 3. Répartition par communes des superficies cultivées en tabac dans le Marmandais">Fig. 3. Répartition par communes des superficies cultivées en tabac dans le Marmandais Fig. 3. Répartition par communes des superficies cultivées en tabac dans le Marmandais

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représentants des planteurs; le jour de l'achat des tabacs, les experts chargés d'apprécier la valeur de 'a récolte, comprennent un nombre égal de représentants du S. E. I. T. A. et des exploitants.

Aussi le planteur a-t-il l'impression de ne pas être un simple cultivateur. Il a sa carte syndicale, son journal professionne1. Comment s'étonner, que, en plein pays de polyculture, il ait pris une mentalité de monoculteur, qu'il soit préoccupé toute l'année par la culture astreignante dans laquelle il s'est spécialisé et qui fournit la part la plus grosse de ses revenus? Un nouveau mol apparaît qui montre son individualité : le tabaculteur.

Aucun jour n'est plus important que celui de la livraison des tabacs puisque c'est celui où le planteur livre à l'administration le fruit de son labeur et en attend la rémunération. Le planteur se rend, chaque année, au même magasin, le pfus proche de sa commune : Marmande ou Tonneins, Duras ou Miramont. Les distances à parcourir sont minimes — souvent moins d'une dizaine de kilomètres — de sorte que les frais de transport restent peu élevés. Le planteur ne choisit pas sa date de livraison. Il portera au jour précis qui lui sera signifié lorsque le tour de sa commune sera arrivé. Un roulement est établi pour l'ordre d'appel des communes car il est plus avantageux de pouvoir livrer en début de saison.

Muni d'un laissez-passer, le planteur appelé se dirige vers le magasin. De janvier à mars, sur les routes marmandaises, ce ne sont que processions de charrettes, tantôt tirées par des bœufs, plus souvent accrochées à des tracteurs, ou de camions, tous couverts d'une bâche qui abrite le tabac. A l'arrivée au magasin, les balles sont déposées dans ]a salle des vérifications; l'expertise est fixée au lendemain. La commission d'achat siège chaque jour; c'est, en quelque sorte, le jury chargé d'examiner un certain nombre de récoltes et de les classer suivant leur valeur; eMe associe l'administration et les planteurs puisqu'elle comprend deux experts fonctionnaires et deux experts planteurs. Un expert arbitre règ'e les différends. Il s'agit de déterminer dans quel type (suivant la légèreté des feuilles) et avec quel grade (d'après la valeur des feuilles) doivent être classées les feuiUes d'une récolte.

Le mode de fixation du prix du tabac a changé à plusieurs reprises; mais un principe a toujours été retenu : intéresser les planteurs à l'amé'ioration de leur production en faisant varier le prix en fonction des résultats obtenus. Il en découle un système assez compliqué de prix de base et de primes. Ces dernières représentent environ 34 % du prix global du tabac. Pour ces

r ><■:) .

RKVIK C.KOC.HAPHIQLK DKS PyRKNÉKS KT OU S.-O., t. XXX, 1959. PU XIII

Li: tabac KN Marmandais

A. Un champ de tabac mûr. Au fond, séchoir.

(Clichés J. Flouret.)

B. Le séchoir typique du Marmandais.

https://www.persee.fr/renderIllustration/rgpso_0035-3221_1959_num_30_4_T1_0348_0001_1.png" data-title="Planche XIII. A. Un champ de tabac mûr">Planche XIII. A. Un champ de tabac mûr Planche XIII. A. Un champ de tabac mûr https://www.persee.fr/renderIllustration/rgpso_0035-3221_1959_num_30_4_T1_0348_0001_2.png" data-title="Planche XIII. B. Le séchoir typique du Marmandais">Planche XIII. B. Le séchoir typique du Marmandais Planche XIII. B. Le séchoir typique du Marmandais

 

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